Pourquoi je vais voter "Oui"
Par Javarome le mardi 19 avril 2005, 12:30 - Politique - Lien permanent
La bêtise dans cette histoire, c'est avant tout d'avoir fait un référendum. La chose a été négociée entre 25, pendant de longs mois, pour déboucher sur un compromis accepté par tous, ce n'est pas pour dire non ou renégocier ensuite. La première bourde est donc d'interpréter ce référendum comme une proposition. C'est trop tard, la négociation, c'était avant.
Il faudra s'en prendre aux élus (c'est un usage très fréquent de tout mettre sur le dos de l'échelon supérieur, que ce soit les citoyens envers les élus ou les élus envers la Commission Européenne qui ne fait qu'entériner leurs propres votes) qui ne vous ont pas prévenus, ou à vous-mêmes, qui ne vous êtes pas informés, ou ne vous êtes pas intéressés ? la politique (parce que "tous pourris" évidemment, ou qu'on ne vous demande jamais votre avis, ou je ne sais quelle autre rengaine). Personnellement, j'en ai entendu parler depuis des mois, de cette constitution et de sa négociation.
La même bourde qui consiste à interpréter ce référendum comme une proposition débouche sur des "je suis pas d'accord", "ça me plaît pas", "je voudrais qu'on change çà, qu'on rajoute çà"... Mais bon sang c'est un compromis, vous n'aurez jamais tout ce que vous demandez. Dans la même veine, on s'étonne que ça ne parle pas de vos petits problèmes concrets, de tel ou tel problème de la vie courante, etc. (je reste encore sidéré de cette jeune étudiante avocate qui demandait ce que la constitution prévoyait pour sa spécialité, on rêve). Mais c'est une constitution ! C'est-à-dire un cadre de règles générales très larges (c'est d'ailleurs grâce ? cela que certains peuvent les interpréter selon leurs propres peurs et d'autres selon leurs espoirs), qui ne peuvent s'attacher à définir le prix du pain ! Je vais dire oui, évidemment. Parce qu'il n'y a pas le choix, mais aussi parce que, ça tombe bien, il n'y a que des avancées par rapport ? ce que l'on a aujourd'hui (la partie 3, si souvent décriée, n'est que le rappel des traités déjà en vigueur, dont le traité de Nice) ; parce qu'une constitution est un cadre, et qu'il ne faut pas lui demander des mesures qui relèvent des états ; parce que je ne confonds pas sanction du gouvernement et adoption d'un traité européen important ; parce que l'entrée de la Turquie n'a rien ? voir avec cette constitution, pas plus que la directive Volkenstein, comme on a essayé de le faire croire ; parce qu'il n'y aura pas de renégociation sur les m?mes bases (d'ailleurs quelle renégociation ? M?me s'il pouvait y en avoir, pour faire plaisir ? qui ? L'extrême droite de Le Pen, l'europhobie de De Villiers, ou le PC et l'extrême gauche ? Des français pas d'accord entre eux, qui disent Non en jouant sur des peurs différentes) et que l'on reviendra simplement ? Nice pour au moins 10 ans, pendant que les autres européens et non européens avancerons ; parce que cela a été difficile ? négocier et que l'on aura pas mieux, tout ? perdre ? ne pas saisir des conditions aussi bonnes pour la France qui ne se représenteront pas deux fois (les autres pays seront devenus plus fort dans 10 ans) ; parce que dire "Non" c'est revenir au traité de Nice, les pires conditions pour la France, avec un poids de 18 % du couple franco-germanique au vote pour la Politique Agricole Commune (PAC) au lieu de 33 % si la constitution est adoptée, avec un traité moins démocratique, moins social que cette constitution (rappellons que nombre de syndicats européens -- espagnol, allemands... ? part quelques français -- soutiennent cette constitution) ; parce qu'avant qu'une occasion pareille se représente, les autres (pays européens entrants, mais aussi chinois, inde, USA...), eux, auront avancé. Il y a des partisans intelligents du "Oui", que l'on gagne ? écouter (Delors, Gisgard, l'excellent Josep Borell...) . Il ne s'agit pas de signer les yeux fermés, mais de réaliser ce qu'est cette constitution, ce qu'elle n'est pas, ce qu'elle ne peut pas ?tre, et qu'elle étape importante elle constitue. On ne peut pas jouer avec ç?. Alors cliquez sur le lien, lisez et voter, en connaissance de cause, et pour ne pas arrêter l'histoire.

Commentaires
Monsieur,
Certes, on ne peut vous l'enlever, une constitution n'est pas et ne doit pas être une règlementation corporative ni une étude au cas par cas de revendications régionalistes ou locales. Cependant, on peut attendre d'elle une infratsructure politico-sociale et économique d'inspiration humanisto-respectueuse et un horizon à très long terme. Or ce n'est pas le cas. D'accord, oui, d'accord, l'ancien traité était lui aussi catastrophique et de participait en rien d'une constitution politique européenne, qu'on nous vante aujourd'hui comme INDISPENSABLE, alors qu'il y a quelques temps on y pensait tout simplement pas, puisque l'Est ne représentait pas un danger/marché pour nos pauvres petites multinationales occidentales. Maintenant que le terrain est ouvert et les échanges dérèglementés, il faut bien sûr que les pays d'expérience, les pays qui ont su dans l'histoire se construire une place de leader economique, régulent les flux vers leurs propres intérêts. Mais passons. Il y a eu un referendum. L'équipe présidentielle et gouvernementale en place à l'époque en France, qu'on remarquera au passage plus libre malgré tout qu'ailleurs, s'est octroyé le droit, la vilaine, de demander à son peuple de cons de travailleurs bêtes et méchants ce qu'ils voulaient: cette constitution européenne ou non? Bien sûr, il me semble évident que les dirigeants pensaient alors que le oui remporterait largement les suffrages. Mais c'eût été sans compter 2 choses: d'une part la méconnaissance des souhaits du peuple, peut-être devrais-je parler de la plèbe tant les choses n'ont point changer depuis la Rome antique, et d'autre part l'indigestion de suffisance idéologico-médiatique des nobles défenseurs du oui (avec en tête ce cher Monsieur KOUCHNER, toujours aussi didactique et clairvoyant, revoyez les images...). Comme un peuple qui s'exprime à l'encontre des attentes des puissants est gènant, mais qu'on ne peut le museler littéralement, les tuer tous, ou les enfermer (plusieurs dizaines de millions de gens, ça fait beaucoup...), et bien on est bien emmerdé. Mais on a fait une erreur, et on se tait. Enfin quand on est capable d'assumer, même à contre coeur, ses erreurs. Mais voilà pas que notre cher président indomptable (bien sûr, lui, il ne se laisse pas faire par les lobbies, les groupes d'influence, les organisations trilatérales, et autres illuminati, non, il est indépendant et ne craint personne...) nous remet ça sur le tapis, sans bien entendu que la pression soit mise par d'autres au sein de l'Europe. C'est lui tout seul qui a décidé ça, comme un grand, sans mauvais jeu de mots, pour de pures et simples raisons de convictions (IL FAUT FAIRE l'EUROPE!). Alors, pourquoi, me direz-vous, les autre pays européens se satisferaient-ils de ce traité, si il suffisait d'attendre quelques années pour voir le déclin de ce pays de cons qu'est la France (Pays méprisé, villipendé, traité d'arrogant, de protectioniste, etc... On croit rêver quand on voit qui nous assène ces critiques!)? Soit dit en passant, l'expansion inévitable des pays voisins, plus intelligents bien entendus, et le déclin français, j'attends de les voir avant d'avancer des conneries malheureusement pas inédites (qu'est-ce qu'un pays fort? Pourquoi les autres pays dans leur ensemble seront devenus plus forts? Quels autres pays? Pourquoi dans 10 ans? Qui vous a raconté cela? Et quelle idéologie se cache derrière cet apparent pragmatisme?), et qui plus est de les dater... Quant à la PAC, il est bien évident que l'état actuel et ancien des choses nous met dans une difficulté certaine. Les subventions sont d'ailleurs déjà ratiboisées, et les OGM non contrôlés fleurissent, protégés par des non lois, qui pour le coup pourraient être constitutionnelles, elles! Mais ce système, caduque depuis les débuts, et j'en conviens nettement accepté par le monde paysan majoritairement d'obédience FNSEA tendance "je réfléchis pas avant de prendre l'oseille", et par nombres de décideurs (quand je pense que vous citez Delors en exemple!), ce système disais-je, arrive à son horizon prévisible (et prévu je pense par les têtes pensantes de cette Europe néolibérale depuis belle lurette): la paupérisation de l'agriculture extensive, voire sa disparition, alors qu'elle reste un des derniers garants de notre bien-vivre à la française. Tout cela fait notre richesse bien plus que bien des chiffres illusoires de croissance confinée au monde de l'actionnariat. Cela n'exclut pas que nos voisins européens ait eux aussi bien des savoirs, des terroirs, et des fiertés, bien au contraire cela décuple les richesses du territoire européen. Mais la mise en concurrence des cultures, des traditions, est un scandale pur et simple qui mènera non pas la France, mais l'ensemble de l'Europe à sa perte, Europe qui n'existera plus que comme marché concurrentiel pour des produits industriels sans âme (Ce qu'elle est déjà dans quelques-uns des pays les plus puissants cités en exemple par des ignorants ou inconscients, choisissez). Mais croire à la perennité des ces mesures, qui pour le coup, reconnaissez le, traitent non pas de lois constitutionnelles, mais de détails conjoncturels comme la répartition des subventions agricoles, c'est être un peu naïf... Les combats des grands distributeurs du Camembert (qui doivent leur fortune, doit-on le rappeler? à ce fromage) pour l'utilsation de lait pasteurisé cuit illustre bien la guerre de désapproproation culturelle en cours. Tout ça pour quoi? Enrichir non plus jusqu'aux arrières-petits enfants, mais gagner encore quelques générations. Le captialisme néolibéral ou la sublimation de valeurs conservatrices en habit de révolution mégalomanique. Et tout ça par qui? Des groupes industriels bien de chez nous! Alors faire l'Europe pour éviter de se faire bouffer par nos voisins européens, à d'autre, c'est un argument digne de Monsieur le (premier?) ministre Fillon, autant dire que ça vole pas haut. Je ne suis pourtant pas dupe: je sais bien que les décisions viennent aujourd'hui d'en haut, comme le dit si bien cette douce métaphore technocratique du Tout-Puissant (On voit quand même assez facilement que les épouvantails agités à la face du peuple n'ont pas trop changé depuis les siècles, ce qui, excusez moi, laisse à désirer de la part de gens qui se réclament d'une adaptation inévitable à ce monde (post)moderne. En fait d'adaptation, ceux-là nous parlent de formel, mais dans le fond rien ne doit changer, n'est-ce pas?). Mais cet "En-haut", cet au-delà libéral et libérateur auquel chacun est sensé pouvoir prétendre, ce pouvoir suprême qui récompense les plus "méritants" en leur permettant de se venger à leur guise de toutes leurs haines acquises au gré d'un parcours pathétique, de tous leurs renoncements (les idiots! Ils se font eux mêmes avoir à leur propre jeu/piège), qui le détient? Peut-on aujourd'hui encore penser que les états sont souverains? A l'heure de la désappropriation des peuples d'eux mêmes finalement, du désinvestissement républicain organisé par les financiers et un monde médiatique (international) complice, qui tient les commandes? Qui combat-on vraiment en adoptant le discours misérabiliste actuel? Moi, je sais où me placer car je sais d'où je viens. Peut-être un jour ne saura-t-on plus d'où on viens? Et vous d'où venez vous?