La question à la con
Par Javarome le lundi 12 février 2007, 09:23 - Politique - Lien permanent
Les journalistes revendiquent souvent la volonté de creuser les questions "de fond" mais il en est une, récurrente, dont ils ne semblent pas vouloir se départir bien qu'elle soit au pire abherrante et au mieux inopportune. "Vers qui reporterez-vous vos voix, si vous n'êtes pas au 2nd tour ?"
D'ailleurs la réponse est toujours la même : "Je ne me place pas dans cette situation", "Nous verrons quand nous serons au 2nd tour", "Comment voulez-vous que je défende ma candidature au 1er tour si je ne m'imagine pas au 2nd tour ?". On pourrait prendre çà pour de la langue de bois mais force est de reconnaître que c'est frappé au coin du bon sens.
L'autre aspect de la question est un présupposé que j'ai toujours trouvé étonnant : les candidats disposeraient d'un super-pouvoir permettant de guider la main de leurs électeurs au 2nd tour. Comme s'ils n'étaient pas assez grands pour choisir eux-mêmes. Comme s'ils ne l'avaient pas été au 1er tour. Quel mépris pour les électeurs !
Donc messieurs les journalistes, s'il-vous-plait, vous qui vous plaignez du manque de questions de fond et du manque de temps pour les poser, passez celle-là, elle sert à rien.

Commentaires
Je garde en mémoire l'interview de Lionel Jospin faite par Karl Zero, à la veille du premier tour de 2002.
A la question que feriez vous si vous n'etes pas au second tour, Jospin, se contenta de rire de la bétise de la question, n'imaginant pas un instant son absence au duel final.
Son rire se transforma meme en gene voir en agacement quand Karl Zero lui reposa la question.
Non mais franchement... MOI, pas au second tour... soyons serieux...
Le reste n'est plus que de l'Histoire...
C'est la loi du genre. Même De Villiers, qui n'est qu'à 1,5 % d'intentions de vote aujourd'hui, raconte à qui veut l'entendre qu'il sera au 2nd tour. Il s'agit tout bêtement de ne pas se tirer une balle dans le pied en criant "ne votez pas pour moi, ça sert à rien, j'ai aucune chance, moi-même j'y crois pas". La seule que j'ai vue oser un discours "réaliste" à ce sujet est Corinne Lepage, alias "Catherine Médicis", qui ne cache pas n'avoir aucun espoir d'être "en finale".
Le dernier a voir fait reculer les limites de cette marotte journalistique (dérivée des actions des politiques eux-mêmes, il est vrai, qui ont pris la sale habitude de (re)commander à leurs électeurs pour qui voter au 2nd tour) a été Frantz Olivier Giesbert qui dans son émission "Chez FOG" (France 5, le dimanche à 13 h 30) a carrément instauré une séquence entière de politique fiction. Avec ses collaborateurs, il concocte tout un scénario de politique-fiction : vous n'êtes pas élu, mais on vous propose tel poste ministériel, est-ce que vous acceptez ? Le Pen repasse et votre ennemi juré vous propose une candidature d'union républicaine, qu'est-ce que vous faites ? Etc. Evidemment, c'est toujours le même flop. Après la présentation du scénario que les accolytes de FOG se sont évertués à imaginer, le politique répond toujours invariablement : "C'est sympa votre truc, mais bon, c'est ce la fiction, je ne me place pas dans cette hypothèse-là". Et bam, tu remballes ta question à la con, on te l'avais dit, ça sert à rien de la poser. Soit tu n'auras pas la réponse (presque toujours), soit tu l'auras mais tu n'en auras rien à cirer (genre Corinne Lepage qui te dit ce qu'elle va recommander de voter à ses 1 %).