Comme tous ses concurrents, peut-être plus que tous - peut-être trop même - Bayrou en est convaincu : il va gagner la présidentielle. Récemment élevé à 16 % selon certains sondages (Le Point, qui rappelle que l'adage veut que l'on ait une chance d'être élu à partir de 15 %), il grignote lentement mais sûrement des voix à sa droite, mais surtout à sa gauche. En effet, si Sarkozy reste relativement stable avec 33 %, Royal descend de plus en plus dangereusement (23 %, à 6 points seulement de notre 3ème homme). Certains socialistes évaluent d'or-et-déjà ce hold-up électoral à 5 % de leurs électeurs.

Et de fait la victoire hypothétique de Bayrou au 2nd tour serait mécanique, fort du report des voix de gauche, et d'une moindre partie de la droite. Il en serait d'autant plus assuré si, par chance, l'alternative protestataire de Le Pen disparaissait faute de signatures. Un Le Pen qui, s'il parvenait à se représenter, pourrait cependant faire tourner la béarnaise en ravivant le spectre du 21 avril 2002, et le réflexe du "vote utile" vers l'un des candidat bipolaire classique.

Mais reproduire les schémas du passé serait-il vraiment utile, et opportun au moment que nous vivons ? C'est ce sur quoi compte Bayrou : qu'ayant constaté que voter extrême ne fait que renforcer "l'establishment" à 80 %, le peuple se tourne vers lui comme une alternative à la fois révolutionnaire et viable. Après tout, si 55 % des français veulent au moins voir Bayrou au 2nd tour, il va bien falloir voter pour lui au 1er.