Le point sur le i : nouvel entretien avec Jacques Patenet
Par Javarome le vendredi 4 mai 2007, 11:12 - Ufologie - Lien permanent
En octobre 2005 Jacques Patenet acceptait de répondre à nos questions, un entretien qui avait eu le mérite d’éclairer les amateurs d’ovnis et les ufologues sur nombre de questions relatives à la création du GEIPAN. Depuis fin mars 2007, et malgré quelque retard, le GEIPAN a bien fini par mettre en place un site, www.cnes-geipan.fr consacré à la mise en ligne progressive de ses archives (essentiellement, pour le moment, des rapports de gendarmerie sous forme de fichiers PDF anonymisés). Après un peu plus d’un mois d’activité, une couverture médiatique importante au moment de la mise en ligne et tout de même pas mal de réactions critiques sur le net, nous avons contacté à nouveau M. Patenet...
Quelles seront les prochaines étapes de publication des archives ?
Les archives seront complétées au fur et à mesure de la vérification des dossiers jusqu’à publication complète
Comment pourra-t-on être averti des mises à jour du site
?
Il faut surveiller le site, chaque ajout conséquent sera signalé sur la page d’accueil dans la rubrique "nouveaux dossiers".
Vous avez récemment déclaré qu’une personne était chargée de
récupérer des Procès-Verbaux dans les gendarmeries. Cela signifie-t-il que tous
les PV de cas d’ovnis n’étaient pas disponibles au CNES, ou s’agit-il de rechercher de
nouveaux cas ?
Le GEPAN ayant été créé en 1977 il n’est effectivement pas sûr que tous les PV antérieurs à 1977 soient en notre possession. C’est le sens de la recherche.
Est-il prévu de publier de nouveaux cas récents (2007 et ultérieurs) ?
Oui au fur et à mesure des enquêtes.
Il apparaît que les cas publiés aujourd’hui se limitent à certains années, mais sur des périodes disjointes (1979-1980, puis 1988-2006). Cela signifie-t-il qu’aucune archive n’existe pour la période 1981-1987 ?
Si bien sur mais certains dossiers antérieurs étaient validés, ils ont donc été publiés.
Certains cas connus des périodes aujourd’hui couvertes (Duboc en 1994 par exemple) ne sont pas disponibles. Cela signifie-t-il que les archives de ces années sont aussi à compléter ?
Tous les documents de ces cas ne sont pas encore numérisés et nous préférons publier des cas "complets".
Les statistiques publiées sur votre site sont donc pour l’instant partielles ? Que pensez-vous de l’article déclarant que la moitié des cas français sont inexpliqués [1] ?
Les statistiques du site correspondent aux cas publiés, elles sont donc susceptibles d’évoluer jusqu’à la publication complète. L’article en question additionne les cas C et D pour obtenir ce résultat. C’est un peu contestable car il n’y a pas de raison pour que dans les cas C (non analysables faute de données) la proportion de cas qui auraient été classés D soit plus importante que pour l’ensemble des cas.
Une explication existe-t-elle aux pics d’observations de 1993 ou
1997 ?
1993 est le début de l’utilisation de projecteurs laser publicitaires largement utilisés par les discothèques et de nombreux PV relatent en 1993 - 94 des observations relatives à ces matériels. Je n’ai pas fait d’études particulières sur 1997
Le but déclaré de la publication de ces archives est la mise à
disposition des données pour les scientifiques. Cependant le mode d’accès
actuel se révèle plus adapté à une consultation ponctuelle qu’à un traitement
global des données. La publication d’un fichier brut (pour un traitement
statistique par exemple) de l’ensemble des données (hors PV) est-elle prévue
?
Non pas pour le moment.
Cependant, il apparaît que certaines données publiées comportent des
erreurs [2]. Incitez-vous les ufologues à les signaler ou ce travail de
correction est-il prévu ?
Tout à fait. Ils le font déjà et nous les remercions. Nous effectuons les corrections si les erreurs sont confirmées.
L’anonymisation des documents est compréhensible pour préserver
l’anonymat des témoins. S’agit-il d’une précaution systématique ou toujours
d’une demande des témoins eux-mêmes ? Des témoins ont-ils parfois donné
l’accord de publication de leurs nom ou au moins de leur lieu d’observation ?
Cette dernière information, en particulier, manque cruellement pour pouvoir
exploiter les données publiées (reconnaissance de cas, statistiques
géographiques). Envisagez-vous d’alléger ce "caviardage" des localisations
géographiques ?
Non Il s’agit d’une règle absolue y compris pour les témoins déjà connus des médias.
La mise à disposition des données aux scientifiques inclut-elle
l’accès aux indices matériels récoltés au fil des enquêtes (à Toulouse) ? Aux
archives non-anonymisées si besoin ?
Il n’y a pas de réponse systématique à cette question. S’il doit y avoir des exceptions, elles seront rares et traitées au cas par cas.
Il apparaît également que certains cas ont des classements surprenants [3]. Comme assurer que ces classements restent homogènes au fil des années et des enquêteurs (pour les statistiques par exemple) ?
Le passage du classement des témoignages individuels au classement des cas d’observations est un des points délicats de l’opération de validation. Par ailleurs la frontière entre le classement C et le classement D est quelquefois difficile à établir. C’est la raison de la mise en place d’un collège d’experts pour sécuriser le classement des futures enquêtes. Pour les cas anciens, il est possible que des incohérences soient apparues au fil du temps. Des corrections ont été faites pour rendre l’ensemble cohérent, certaines ont pu échapper. J’ai noté vos remarques afin de vérifier les classements des cas que vous indiquez.
Des documents d’analyse sont également disponibles dans ces archives. Cependant pourquoi inclure le rapport du COMETA en tête de ces documents téléchargeables alors qu’il ne s’agit ni d’un document du GEPAN/SEPRA ni d’un document officiel ?
Le rapport COMETA n’est pas un document du GEIPAN mais un rapport privé rédigé après un travail sérieux et qui apporte un éclairage au dossier. Le GEIPAN n’endosse pas pour autant les conclusions du document. Il a été publié en tant que pièce intéressante du dossier et parce qu’il nous a été beaucoup réclamé et sa position en tête de liste n’est qu’un pur hasard lié à l’ordre de prise en compte des fichiers par le système informatique. Afin de clarifier cette partie du site, les documents seront classés par thèmes et les documents extérieurs au GEIPAN (il peut y en avoir d’autres) seront classés comme tels.
La version dynamique du site sera-t-elle réactivée
?
Oui dès que possible.
Outre la poursuite de la publication des archives, quels sont les
prochains projets du GEIPAN ? Vous avez récemment
déclaré qu’un historien allait publier une étude des témoignages plus
anciens...
Un certain nombre d’études sont effectivement en cours. Par ailleurs de nombreuses actions de sensibilisation sont en cours d’organisation pour inciter au témoignage. Les versions futures du site sont à l’étude pour améliorer l’information fournie. Des études sont en cours pour améliorer les moyens techniques d’enquête et de prise de témoignage. Comme vous le voyez les projets sont nombreux...
Merci M. Patenet.
[1] Voir "Half of French UFOs remain unexplained", notamment ce passage : Each incident has been slotted into one of four categories : definitely solved, likely solved, unsolved for lack of sufficient information or unsolved mystery. More than half — 58% — of the phenomena investigated by the experts remain unexplained while just 9% have been definitely figured out.
[2] Des données apparaissent contradictoires : L'incident de Marcilly/Meaux par exemple, est à la fois décrit comme ayant eu lieu le 12 et le 22 juin. Le cas d’Epinac, qui date de mars 1994, est décrit comme ayant eu lieu en 1993. Une observation à Montluel de 1999 est datée d’août 2007 - c’est-à-dire dans plusieurs mois ! Certains cas se retrouvent mélangés à d’autres : on trouve dans le dossier du 5 novembre 1990 des coupures de presse (000269R) de la rentrée atmosphérique du 27 janvier 1983. On trouve aussi des informations tout à fait fausses, comme pour la fameuse observation d’un triangle au Col-de-Vence, qui s’est retrouvée en Ile-de-France alors qu’elle s’était située en réalité dans les Alpes-Maritimes (voir le dossier sur RR0.org). Quand à la ville de Vincennes, elle est bien située dans les Yvelines plutôt que dans le Val-de-Marne.
[3] Quelques exemples de classements étonnants : Le passage très rapide (1/10ème de seconde) d’un objet devant un cockpit est classé PAN D alors que, du propre avis des témoins comme du SEPRA, il pourrait très bien s’agir d’une oie ou d’un ballon. Un classement C, faute de description de ce phénomène, aurait sans doute été plus adapté. De même, des ronds au sol, sur un terrain de foot, en banlieue parisienne, et sur lequel sont passés des gens du voyage, mériterait peut-être, à défaut de quelconques analyses du sol, au mieux un classement C (non identifié), mais vraisemblablement pas un classement D. Enfin, ce cas apparemment très troublant, où un motard suit et filme un objet volant d’apparence cylindrique : alors que la description détaillée conclut à un phénomène inexpliqué classé D, le rapport de gendarmerie conclut, après visionnage du film, à un probable ballon-sonde (on s’attendrait donc plutôt à un classement B).
