Trop risibles, trop cons, on ne peut évidemment que se délecter du spectacle voyeuriste de contempler ces gens qui ne sont pas comme nous, mais qui représentent au fond ce qu'on refoule tous. Ce qu'on aime, et ce qu'on invente même parfois, dans Cindy Sanders ou dans Mickaël "Vendetta", c'est qu'ils nous montrent ce à quoi on a échappé, ce qu'on a réussi à ne pas être. Le sourire sur notre visage, c'est aussi la manifestation de notre propre sentiment de supériorité, comme un effet miroir. Heureusement, on est pas "çà", on est mieux que "çà". "Cà", c'est le prototype de celui ou celle qu'on doit régulièrement conspuer, railler, punir, pour rappeler, à soi-même et aux autres, ce que sont le bien et le mal. Etre soeur Emmanuelle, pas Paris Hilton. Etre l'Abbé Pierre, pas Mickaël Vendetta.

Mais qui a créé Mickaël Vendetta ? S'est-il construit tout seul, tel un monstre engendré par le hasard ou le démon ? Ou est-il le résultat navrant d'un endocrinement pervers ? La scène médiatique qui se lèche déjà les babines à l'idée de le sacrifier après l'avoir porté aux nues, n'y est certainement pas pour rien. Du producteur au consommateur, elle nous le livre après l'avoir fabriqué, comme un produit fini susceptible de raviver enfin notre intérêt. Dans cette nouvelle "réalité" qui se déverse chaque jour dans le petit écran, télévisé ou informatisé, de la "réalité fabriquée", prête à consommer de tous les jours, le "méchant" de la dernière video YouTube apparaît plus réel, plus vivace, plus nouveau, en tous cas moins fade dans un film, moins désuet que sur une piste de cirque. Et on peut le zapper, sans même attendre un quart d'heure.

Mickaël Adon, de son vrai nom, sera donc la nouvelle victime consentante, mais peut-être pas consciente, de ces jeux du cirque modernes. Il aura été conditionné pour se jeter lui-même dans la gueule du loup, là où on lui a appris qu'il fallait être pour "vivre", avoir réussi, sur l'écran, qui va se repaître de lui, comme une mère mange ses enfants. Mais que risque-t-il vraiment, hormis quelques quolibets à la hauteur de ses insupportables prétentions ? Cela dépendra de lui ; de sa force de caractère, indéniable pour en être arrivé là ; de son équilibre mental, douteux ; de sa résistance à la pression, inconnue. Il voulait être célèbre ? Il va l'être, sûrement plus qu'il ne l'espérait en vérité. Le système jouera avec lui un moment, jusqu'à le jetter, au profit d'un(e) suivant(e), qui fera plus d'audience. Dans quel état sera-t-il à ce moment-là ? Le système ne semble pas s'en préoccuper. Mais peut-être faudrait-il y penser. Quand on joue ainsi avec quelqu'un, à ses dépends, n'a-t-on pas une responsabilité ? Il faudra en tous cas l'assumer.

Mickaël n'est pas le premier, et ne sera pas le dernier de ces "cons" qu'on invite à dîner en plateau-télé. Ses clônes précédents ont été Enzo Design, ou encore David Hirschmann, dont la vie fut broyée en 1999 par une rumeur au schéma semblable, s'il a vraiment existé. Comme lui, il était stupide, il était odieux, insupportable, mais ne faisait après tout que réclamer son dû, très naîvement, après avoir été nourri de rêves. La gloire, la richesse, le succès, la vie "réussie" lui étaient promis s'il appliquait tous les codes débiles qu'on lui avait inculqué. Trop bête pour y croire, cela l'avait perdu. Le système qui l'a amené à y croire, lui, gagne toujours, dans tous les cas.